Le moment crucial où je franchirais définitivement la limite entre la beauté et la laideur est arrivé. Mais pas dans le bon sens. Je marchais déjà, en valdinguant, sur cette limite, en me tordant afin de ne pas tomber du mauvais coté. J'étais tout juste assez joli pour pouvoir ne pas être laide. Oui, il faut le dire. Maintenant, j'ai fait la chute : j'ai mal mis mon pied droit et il a glissé dans le vide en m'emportant. Je me suis écrasée sur le sol de tout, tout en bas. Du sombre coté de la laideur. Ça y est, je suis définitivement laide : j'ai mon appareil dentaire. Du moins, j'ai 12 bagues métalliques sur mes dents d'en bas. Ma lèvre a triplé de volume et mon sourire est devenu littéralement immonde. Je crois que je n'ai plus qu'à devenir musulmane et à me couvrir tout le visage.
Nous sommes de plus le 11 juin et il pleut sur la petite ville de Rodez. Un de ces jours, je vais assassiner les nuages, les faire souffrir et les tuer afin qu'ils ne versent plus aucune gouttes de pluie l'été. Je voudrais tellement revoir le soleil. Mais il va bientôt revenir. Demain, il doit être au rendez-vous. Je vais l'attendre sagement. Je vais aussi attendre que mon coeur se décide à trancher, à décider. Ce sera bientôt fait d'ailleurs. Mon coeur va bientôt ne plus me répondre tellement il rêvera. Et ce sera un très beau rêve.
Jusqu'au réveil, du moins.